Ne pas se sentir seul.e malgré l’absence d’associé, est-ce possible ? Retour d’expérience

Entreprendre n’est pas une décision facile, surtout quand on se lance seul.e, sans associé. 

Audrey, fondatrice de Popee, revient sur son expérience de solo founder d’un projet à impact et nous livre ses apprentissages d’entrepreneuse sur la création d’une marque et son financement… 
Le papier toilette et les papiers d’hygiène en général font partie de nos gestes quotidiens. Mais avons-nous conscience de leur impact ? Lorsque Audrey apprend que l’on coupe 270 000 arbres pour fabriquer des papiers du quotidien à usage unique. Ou encore que ce papier est fabriqué majoritairement avec des matières premières provenant d’amérique latine ou de scandinavie, elle décide de lancer POPEE. Une marque de papiers d’hygiène fabriqués à partir de papiers recyclés, sans produit toxique, et français qu’elle lance dans un premier temps sans associé.

Audrey, fondatrice de Popee, a entrepris sans associé
Audrey, fondatrice de Popee

Popee, c’était quoi au démarrage ?

Popee est une marque de papier toilette que j’ai lancée il y a quasiment 3 ans. Ma volonté était de récupérer des papiers usagers afin d’éviter de couper un arbre pour des produits à usage unique.

Le papier toilette, c’est le produit qui me faisait le plus marrer. Et puisqu’il s’agissait à l’époque d’un side project à côté de mon emploi précédent, autant s’amuser ! 

L’aventure démarre en 2019 et se concrétise en septembre avec la mise en place d’une campagne de crowdfunding sur Ulule. L’objectif : pré-vendre le produit et valider le modèle économique. C’est un succès car nous en avons pré-vendu plus de 4 500 sur un objectif de 150 au démarrage !

En novembre 2019, je lance le site internet. En janvier 2020 la structuration de Popee commence réellement avec l’arrivée d’une personne en CDI, juste avant le confinement. 

Petit à petit, au-delà de la vente aux particuliers, des entreprises sont séduites et commandent de gros volumes. 

… Et aujourd’hui ?

Nous avons commencé à nous ouvrir à d’autres produits et aujourd’hui, nous sommes plus largement une marque de papiers d’hygiène (papier toilette, essuis-tout, mouchoirs). 

Nous sommes 8 dans l’entreprise. Je suis la seule fondatrice, sans associé opérationnel ni cofondateur. Mais j’ai été rejoint par des salariés très impliqués qui excellent chacun dans leur domaine respectif. Nous avons ainsi un pôle B2B pour la vente aux cafés, hôtels, restaurants, épiceries, au retail avec des commerciaux pour le démarchage de la grande distribution. Et le pôle B2C pour l’animation de la  communauté, la création de contenus et l’acquisition.

La vision est-elle toujours la même ? 

Mon souhait a toujours été de lancer une marque qui soit un jour dans les foyers de tous les français. Je ne suis pas intéressée par l’idée de créer un produit de niche, qui ne parlerait qu’aux écolos convaincus. Mon ambition est donc de devenir une marque de grande consommation. 

La vision sur l’aspect environnemental, social et santé est inchangée. Le seul changement est de ne plus se positionner seulement comme une marque de papiers d’hygiène, mais plutôt comme une marque de produits essentiels d’hygiène. 

Quelle est ta plus grande fierté depuis le lancement de Popee ?

Ma grande fierté, c’est le fait que la boite grandisse, mais pas dans l’absolu. Je ne suis pas dans le trip de la start-up nation qui consiste à vouloir être gros à tout prix. Ce qui me plait moi, c’est d’avoir une équipe avec des profils très différents, qui ne sont pas forcément dans la case grandes écoles de commerce, mais qui se complètent bien. Je suis fière de l’équipe qu’on à réussi à former aujourd’hui ! 

L'équipe de Popee
L’équipe de Popee

D’un point de vue entrepreneurial et personnel, il se trouve que j’ai eu mon premier enfant durant la première année de Popee. Donc je suis assez fière d’avoir réussi à mener les deux en parallèle, ce qui n’est pas évident. Il n’y a jamais de bon ou mauvais moments, mais cela nécessite effectivement une organisation. Et surtout, de ne pas trop se poser de questions ! 

Est-ce que vous avez été accompagnés ?

Popee a été immatriculée en avril 2019. En juin, je n’avais pas d’associé mais je disposais déjà de mon premier board constitué d’entrepreneurs et de business angels. Ils n’étaient pas encore actionnaires, mais faisaient partie de mon réseau pro et étaient intéressés par le projet. On se réunissait tous les deux mois. Finalement, ils ont émis l’envie de vouloir entrer au capital, et ma première levée de fonds à été initiée en mars 2021. 

Makesense a été mon premier incubateur et j’en retire une super expérience. Ils sont très investis, j’y ai appris beaucoup en termes de formation, rencontres. Puis, en 2021, nous avons rejoint l’incubateur de Showroomprivé qui s’appelle Look Forward. Je suis également au sein du Réseau Entreprendre Paris depuis 2020. Le mentorat y est génial. 

Je ne me suis au final jamais sentie seule, malgré l’absence d’associé fondateur. 

Comment as-tu abordé le sujet du financement ?

Grâce au chiffre d’affaires réalisé avec les préventes sur Ulule, les choses sont allées vite et j’ai pu construire mon plan de financement. 

La phase de sélection du Réseau Entreprendre, que j’ai rejoint dès 2020, m’a challengée sur le sujet, en me faisant rencontrer 7 personnes en one-to-one sur plusieurs semaines. On m’a questionnée sur mon business plan, des éléments marketing ou autres. Cela a été suivi d’un comité de validation pour le dossier final, permettant de rentrer au Réseau. 

J’ai donc bénéficié du prêt d’honneur de Réseau Entreprendre, que j’ai activé en deux tranches et pas immédiatement, par peur de l’endettement personnel, sur lequel ils m’ont bien rassurée. 

Mon financement repose donc sur le chiffre d’affaires via Ulule, le prêt d’honneur du Réseau Entreprendre, de l’apport personnel, l’entrée au capital du board et d’un prêt sans garantie personnelle de la BNP, qui a fait effet de levier pour la levée de fonds. 

Quelle est ta relation avec la banque?

J’utilise Qonto pour la partie opérationnelle, dont je suis très contente. Avec le Covid, j’ai eu besoin de me sentir rassurée par “une vraie banque” et je me suis donc rapprochée de la BNP pour la partie plus stratégique, qui mène pas mal d’actions pour les entrepreneurs. Je suis accompagnée par une personne très ouverte à la nouveauté et à des projets type start-up comme le mien, j’ai de la chance.

Passer sur M6 dans le cadre de sa recherche de financement, ça fait quoi ?

Qui veut être mon associé a été une expérience entrepreneuriale incroyable. Tourné en avril 2021, et diffusé en janvier dernier, cela nous met un peu face à des conditions de direct et donc face à un stress qui est intéressant à vivre. C’est également un vrai moment d’équipe. La production avait contacté des start-up comme nous, incubées chez MakeSense et LookForward. J’avais également été contactée via Linkedin, avec un processus de sélection assez long. 

Je l’ai fait pour deux raisons : la levée de fonds et pour la notoriété ! C’est une émission très regardée, par des gens qui sont prêts à acheter les produits présentés. Cela a boosté notre chiffre d’affaires, malgré mon passage en deuxième partie de soirée. 

Je le conseille vraiment à tous les entrepreneurs qui ont un modèle économique sain. De plus, le processus de sélection est tellement rigoureux que cela nécessite aussi de bien se remettre dans son business plan et son pitch. 

La campagne sur Ulule, ainsi que l’émission nous ont permis d’attiser la curiosité de futurs acheteurs, qui pour certains sont devenus des acheteurs récurrents, ce qui montre qu’ils ont été convaincus par le produit. 

Avoir de l’impact : est-ce un atout pour votre financement? 

Je suis partagée sur la question. Pour une levée de fonds auprès de business angels, je pense que cela dépend des appétences de chacun, de leur sensibilité à la question des impacts, de leurs expériences passées…

Actuellement, pour les fonds à impact, la question est effectivement plus importante. On cherche un aspect sur lequel on peut communiquer. Dans notre cas, le secteur papeterie, on a l’impression de devoir faire un travail de pédagogie et de justification sur nos impacts pour les faire connaître. Avec un produit comme le nôtre,  à première vue pas sexy, ni connoté environnemental, il y a d’abord un effort de communication et sensibilisation à l’impact ! 

Pour nous, en termes de consommation de CO2, d’eau et d’arbres menacés, cela nous paraissait assez évident. Mais ça ne l’est apparemment pas tant que cela. 

Les produits Popee
Les produits de la marque Popee

Plus généralement, quel serait tes conseils pour une start-up qui se lance ?

Ce qui ressort de cette expérience, c’est qu’il est plus facile d’avoir du financement lorsqu’on dispose déjà d’un petit réseau. Je ne suis donc pas de l’école qui incite à se lancer juste après les études, ce que je trouve personnellement dangereux en termes de risques financiers. 

Avoir un réseau lorsque l’on cherche du financement est pour moi une clé essentielle. Il faut communiquer auprès de gens qui nous connaissent, nous font confiance. En tant que solo founder femme notamment, je sais que l’on peut faire un peu peur. Avoir des épaules ou des années derrière soi pour recueillir un financement intéressant est pour moi très important. 

Je conseille également de bien réfléchir à son modèle économique. Même si on ne pense pas pouvoir être rentable tout de suite, il faut savoir comment on pourra atteindre cette rentabilité. On est toujours rattrapé par la trésorerie, et imaginer devoir lever des fonds en permanence fait entrer dans un cercle malsain.

Pour finir, il est important selon moi de s’entourer d’actionnaires avec qui on partage la même vision, bien s’entendre, parfois renoncer à certains… l’aspect humain est important. Personnellement, j’ai pris le temps d’échanger individuellement avec chacun des membres de mon board. 

Quelles sont tes actualités? Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Une levée de fonds en cours, la sortie d’un nouveau produit en septembre prochain sur l’incontinence des adultes avec tout un travail industriel qui n’est pas forcément évident vu le contexte. Un des autres enjeux que l’on rencontre repose sur l’acquisition en ligne, face aux règles changeantes, notamment concernant les publicités sur Facebook.

Ce que l’on peut finalement souhaiter, c’est que Popee réussisse sa diversification. Et que l’on reste fidèle à notre vision de départ.

Merci à Audrey, fondatrice de Popee d’avoir pris le temps de répondre à nos questions ! Pour d’autres retours d’expérience d’entrepreneurs, ça se passe ici.

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