Meersens, le modèle de la startup utopiste altruiste volontaire

Interview avec Morane Rey-Huet, co-fondateur de Meersens, une startup utopiste et engagée.

Avec 48 000 morts par an en France, la pollution de l’air tue plus que l’alcool. En 20 ans, le nombre d’allergies liées au pollen a triplé. Des sujets qui nous tiennent à coeur chez WE DO GOOD et sur lesquels nous travaillons avec l’investissement dans le Zéro Pesticide.

C’est pour cela que nous sommes très heureux de partager avec vous aujourd’hui le retour d’expérience de Morane. Il est co-fondateur de Meersens, une startup engagée dans ce domaine.

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« Aujourd’hui, ce sont des milliards qui sont dépensés en mode réactif là où on pourrait agir en mode préventif« 

Meersens, c’est quoi ?

Meersens c’est une entreprise qui a vocation d’aider les citoyens à mieux comprendre les impacts de l’environnement sur la santé. Nous analysons les risques environnementaux qui impactent notre santé dans le temps. Cela peut être l’air, l’eau, les ondes, les UV, la nourriture, le bruit et même le stress dans notre quotidien.

Nos clients sont à 100 % B2B puisqu’on travaille pour des entreprises qui souhaitent s’inscrire dans ces enjeux-là. Des entreprises avec une politique de RSE volontaire, avec une raison d’être pertinente et qui veulent agir. Des entreprises qui veulent apporter des réponses à leurs salariés ou à leurs clients sur leur environnement immédiat. Nos clients sont aussi des villes qui veulent se mobiliser de plus en plus pour améliorer le quotidien des citoyens. Ou encore des hôpitaux, pour interagir avec leurs patients. 

Nous sommes très motivés par la possibilité de remettre dans un cercle vertueux le citoyen et sa ville, l’employé et son entreprise, le patient et son hôpital. Voilà, c’est ça qui drive et mobilise Meersens. Sa mission principale c’est de sauver des vies. C’est juste “con”, excusez-moi du terme, de mourir pour quelque chose sur laquelle on peut agir maintenant. 85 % des maladies chroniques sont reliées à notre environnement immédiat. Si on pouvait agir sur cet environnement, si on pourrait réduire drastiquement les maladies mentales, les cancers, les maladies respiratoires… C’est juste énorme ! Aujourd’hui, ce sont des milliards qui sont dépensés en mode réactif là où on pourrait agir en mode préventif et prédictif.

Chez Meersens, vous êtes dans le domaine de la data. Vous vous positionnez comment face à tous les enjeux de la gestion des données personnelles ?

Par nature et par défaut, nous sommes RGPD compliant. Sur la donnée santé des utilisateurs, nous avons des serveurs spécifiques qui la traitent, ce qui permet de l’anonymiser. 

On ne vend aucune donnée de nos utilisateurs. On utilise la data et on leur explique comment on l’utilise pour que ce soit le plus transparent possible. Bien-sûr, on a encore des choses à améliorer, on est parfois dans le “best effort”. 

On utilise la data pour clusteriser des pathologies et comprendre le lien qu’il y a entre environnement et santé. Cela nous permet d’aider le plus grand nombre et de pouvoir dire, par exemple à quelqu’un qui est asthmatique, de changer son parcours pour contourner une zone dont la qualité d’air est mauvaise et ainsi éviter une crise.

« On pousse nos utilisateurs et utilisatrices à devenir des vrais suricates« 

Selon une étude récente, le changement climatique augmente le nombre de personnes touchées par les allergies. Donc votre application a encore plus de sens aujourd’hui ?

Effectivement, les gens ont de plus en plus besoin qu’on leur montre quel est l’impact de l’environnement sur leur santé. Cela veut dire qu’on a besoin de personnaliser pour les aider à éviter les risques qui les concernent. Ainsi que de les éveiller sur comment eux aussi, ils peuvent devenir des petits colibris comme décrit dans la légende de Pierre Rabhi.. 

Chez Meersens nous sommes des petits suricates (l’animal de notre logo) puisque c’est un animal sentinelle qui veille à la santé de sa famille. On pousse nos utilisateurs et utilisatrices à devenir des vrais sentinelles du risque environnemental, pour se protéger, ainsi que leurs proches.

Entreprendre, c’est le parcours d’une vie

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir entrepreneur ? 

Je pense que je l’ai toujours eu dans le sang, si on peut le dire ! J’ai commencé comme ingénieur dans des grands groupes comme Pfizer, Schneider Electric… Un peu partout dans le monde puisque j’ai été expatrié pendant plus de 15 ans aux Etats-Unis, au Japon, en Inde, ou en Chine, avant de revenir en France en 2012. Au sein de ces entreprises, j’avais déjà une posture d’intrapreneur.

Lorsque j’étais en Inde, j’ai créé une société sur du coton bio. Avant j’avais déjà créé une structure avec une amie, une super aventure déjà tournée vers l’environnement. On voulait créer une relation plus équitable entre les producteurs, les fabricants, le client final et le designer.

En 2012, j’ai repris la direction générale de l’International d’une boîte qui était dans le domaine de l’environnement et de la qualité de l’air. J’avais un peu plus de 800 personnes dans mes équipes avec des P&L sur des pays comme la Chine, les Etats-Unis, les Emirats, l’Europe… Puis en 2017 je me suis dit que je voulais absolument immatriculer une nouvelle boîte avant mes 40 ans! L’idée de Meersens est apparue assez naturellement suite à la naissance de mes enfants à Shanghai lors du scandal sur le lait contaminé. La Chine est un pays avec de nombreux défis environnementaux sur l’air, l’eau et l’alimentation : ce fut le déclic de mon engagement pour un monde plus sain.

Avant de sauter dans la piscine je me suis tout de même bien préparé et j’ai demandé à Louis, mon associé actuel, si cela le tentait de me rejoindre. Lui-même était déjà entrepreneur, il avait créé plusieurs boîtes, il venait de grands groupes… Je sentais qu’il y avait un bon fit ! Nous nous sommes donc lancés ensemble dans cette nouvelle aventure, Meersens.

Morane Rey-Huet et Louis Stockreisser seront présents au CES Las Vegas du 8 au 12 janvier.

Vous vous êtes rencontrés comment ?

C’était bien réfléchi ! Par rapport à la mission et la vision que j’avais de Meersens, j’ai identifié les compétences et les valeurs de ce qui me semblaient pertinents. Ensuite, je suis parti à la chasse et j’ai fait une liste de personnes qui me semblaient bien correspondre. Louis était dans cette liste et me semblait être la personne idéale pour différentes raisons : sa jeunesse, il était basé à Lyon, on venait tous les deux de l’INP Grenoble et lui en particulier de l’ENSIMAG, qui est une école dans la data, ce qui était un élément clef d’un point de vue technique pour Meersens… Donc voilà, il y avait plein d’éléments positifs et du coup je l’ai embarqué dans cette aventure.

Une startup utopiste mais réaliste : « il appartient à chacun d’entre nous de faire des petits pas »

Qu’est-ce qui te porte aujourd’hui ?

Chez Meersens, nous sommes très marqués par Pierre Rabhi, en tout cas par sa philosophie sur la légende du colibri. On peut pas toujours attendre que les choses viennent du ciel et que que le monde change. Je pense qu’il appartient à chacun d’entre nous de faire des petits pas. C’est la somme de tous nos petits pas qui nous permet d’agir concrètement pour un monde meilleur, un monde plus sain. C’est cela qui m’anime tous les jours. 

Le matin c’est sûr que la vision me porte, mais je suis aussi très stimulé par toute la jeunesse qui est complètement incarnée dans les enjeux environnementaux et l’impact sur la santé. Quand je vois tous les talents que nous avons réussi à rassembler, le nombre CV que l’on reçoit… Alors qu’on entend que d’autres entreprises ont du mal à recruter !

Les citoyens s’impliquent de plus en plus dans le monde de l’entrepreneuriat

Est-ce qu’il y a des startup qui t’ont inspiré dans ton parcours ?

Il y en a plein ! Par exemple, l’aventure d’Elon Musk sur SpaceX, elle est quand même assez intéressante du point de vue entrepreneurial : “on l’a fait alors que les gens pensaient que c’était impossible, on ne le savait pas donc on l’a fait”. Ce côté un peu foufou de vouloir aller au delà, de bousculer et d’aller au bout de ses rêves… Pour moi c’est assez inspirant.

Mais en termes d’entreprises qui me parlent au quotidien, c’est plutôt des sociétés comme Ynsect. Ils prévoient demain de créer de la protéine grâce aux insectes. Je trouve remarquable ce que le CEO, Antoine Hubert, a pu faire pour répondre à la problématique de l’alimentation de demain. J’aime bien aussi une autre startup qui s’appelle The Ocean Cleanup, qui a fait des levées extraordinaires en community. Je crois qu’ils ont levé 32 millions d’euros dont 23 millions qui sont essentiellement par du don. C’est extraordinaire ce réveil qu’il y a de plus en plus et la contribution des citoyens dans ce monde de l’entrepreneuriat.

Et des entreprises qui, a contrario, ne t’ont pas du tout inspiré ?

Je n’ai pas noms parce que je n’ai pas envie de me polluer l’esprit inutilement. Par contre, c’est vrai que les boîtes qui ont comme seul objectif de faire de l’argent et qui ne s’inscrivent pas autour des objectifs de développement durable me parlent beaucoup moins. 

Que ce soit avec nos fournisseurs, nos clients ou avec nos partenaires, on essaye d’être de plus en plus dans des cercles vertueux de gens qui partagent nos valeurs.

Financement : parfois c’est une question d’alignement des planètes

Chez Meersens, quel a été votre parcours de financement ? 

Je suis peut-être un peu moins jeune que ceux qui commencent des startup à 23 ans, mais cela a l’avantage d’avoir un meilleur réseau. J’ai la chance d’avoir pas mal d’amis ou de grands patrons industriels qui partagent mes valeurs autour de l’impact. Dès que je leur ai parlé de l’aventure, ils étaient prêts à mettre un ticket, à investir. Nous avons partagé 20 % de notre capital avec ces investisseurs. 

On pourrait presque les considérer comme de la love money parce que à ce stade-là il y a tout à construire. Les investisseurs n’investissent pas sur des KPI déjà bien inscrits dans la société, mais sur des hommes et sur un projet. La vision, la passion, les hommes et les femmes qui portent le projet sont la clé. 

Nous avons eu aussi le soutien de la BPI. Et c’était une aventure un petit peu particulière ! On avait fait le dossier, scolairement, pour demander à hauteur de nos fonds propres une avance remboursable de 150 K€. Puis, pendant l’été, j’étais en vacances, la responsable de BPI m’appelle en me disant qu’ils aimaient le projet et qu’ils aimeraient le faire rentrer dans le programme “Deep Tech” et nous accorder 1 million d’euros ! Et ce n’est pas tout : c’était 500 K€ en avance remboursable à 3 ans à taux 0 et 500 K€ en subvention !

On aime bien dire que parfois il faut attendre que les planètes s’alignent et je crois que c’est assez vrai pour bien des cas, pour beaucoup d’entrepreneurs !

Investisseurs : « nous cherchons des hommes et des femmes qui partagent nos valeurs et la vision de notre raison d’être »

Est-ce que le banques vous ont suivi facilement aussi ? 

Oui, on a eu tout de suite eu des soutiens de notre banque. D’ailleurs, ce sont souvent les banques qui prennent contact avec nous !

En ce moment nous très animés par la levée de fonds que nous sommes en train de démarrer et qui a pris un peu de retard avec la crise sanitaire. Les fonds et les VC ont décidé de se concentrer sur les bridges et leurs propres startup pendant cette période, ce qui n’était pas prévu. 

Notre objectif est de faire une belle levée de pré-série A, d’ici la fin de l’année. Pour l’instant, je dirais que les signaux sont au vert. L’enjeu n’est pas que de trouver de l’argent, c’est aussi de trouver des hommes et des femmes qui partagent nos valeurs et la vision de notre raison d’être. Des gens qui vont s’embarquer dans cette aventure, avec tout ce que cela représente.

Des personnes qui comprennent votre objectif d’impact au même niveau que l’objectif financier ?

Exactement. Et donc, idéalement, cela veut dire aussi de donner du capital aux salariés, des BSPCE. Et également soutenir des associations dans lesquelles on veut donner de notre temps et éventuellement de l’argent si on peut, en fonction de ce que l’on génère comme bénéfice. Il y a tout un écosystème, on est pas non plus des idéalistes mais on est quand même des utopistes altruistes volontaires. Ça, on ne veut pas l’enlever de notre démarche.

Startup : les 2 facteurs d’échec sont des mauvais fondateurs et le manque de cash

Est-ce que tu aurais un conseil pour quelqu’un qui serait au tout début de son projet ?

Encore une fois avec humilité parce que j’ai encore plein de choses à apprendre. Je trouve que l’on apprend beaucoup à partir ce qui ne fonctionne pas. Par exemple, ne pas trouver le bon fondateur ou co-fondateur, ou les co-fondateurs. On voit bien que la plupart des entreprises se pètent la figure pour des disputes bêtes, d’égo, de vision. Il faut donc prendre le temps de trouver les personnes avec qui on va créer l’aventure. Très souvent, ce n’est pas son meilleur pote d’enfance. Il faut créer un peu de distance émotionnelle par rapport à nos proches. Réfléchir à des personnes qui vont vraiment embarquer dans l’aventure avec nous, à part entière, en partageant les valeurs.

C’est bien aussi de s’entourer avec d’autres personnes, plus matures. Il ne faut pas hésiter à les embarquer dans un board. Dès le début, j’ai créé un board stratégique et un board scientifique, que j’invite à toutes mes AG et à toutes mes revues trimestrielles. J’invite aussi mon expert-comptable, mon banquier, une personne du monde public, quelques actionnaires… depuis le début, j’embarque un certain nombre de personnes avec moi dans l’aventure. Donc si demain j’ai besoin de demander de l’argent à ma banque, ils savent tout, ils sont déjà au courant. Je n’ai pas besoin de leur raconter une nouvelle histoire. 

Et le dernier point : s’assurer de bien gérer sa trésorerie. Parce que les 2 facteurs d’échec sont des mauvais fondateurs et le manque de cash. Ce sont bien souvent les 2 éléments qui sont bloquants pour déployer la vision de la startup.

Sur le sujet du financement, est-ce que tu aurais un conseil particulier, par exemple sur comment embarquer des financeurs ? 

Souvent on essaye de rentrer dans un moule, de plaire à l’autre. Je pense qu’il faut plutôt trouver des investisseurs qui nous ressemblent et qui vont pouvoir nous challenger avec bienveillance. Il faut avoir de la passion, oser dire « je vais changer le monde” et pas pour de faux, pas juste en un petit slide, un petit peu gentillet, qui est joli. 

On a besoin de plus en plus de gens qui sont incarnés, qui ont ça dans les tripes, qui ont ça dans le coeur, qui ont ça dans la tête. Et quand ce n’est pas aligné les tripes, le coeur et la tête, et bien cela ne va nul part. Quand je vois des gens passionnés, qui sont prêts à soulever des montagnes… On sait que de toute façon on va pivoter, on sait sans aucun doute que ce que l’on a écrit sur la première slide de la première fois, c’est faux. Mais ce qui est bon et ce qui est juste, c’est cette envie, cette gnaque qui fait que tu te lèves, et que tu es prêt à te battre pour cette vision-là. Et donc ça, c’est un driver extraordinaire, qui embarque tout type de personnes. Tes collaborateurs, des clients et des investisseurs.

Merci encore à Morane d’avoir pris le temps d’échanger avec nous ! N’hésitez pas à découvrir les autres témoignages de start-up dans ce blog. 

Et si vous vous aussi vous posez des questions, vous pouvez aussi télécharger le livre blanc sur le financement de l’amorçage et des entreprises innovantes, que nous avons publié avec la plateforme de notation Estimeo.

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